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La question qui agite les

démocraties modernes

peut s’énoncer ainsi :

Comment créer les condi-

tions d’émergence d’un vivre-

ensemble fondé sur l’exis-

tence d’un sujet déterrito-

rialisé,

c’est-à-dire

affranchi

de tout ancrage privatif qui le

confinerait dans un espace clos,

aux antipodes de l’agir politique ?

L’espace public s’énonce, donc,

comme le lieu d’une désidentifi-

cation par laquelle le sujet accède

à un espace d’activité inscrit dans

l’horizon d’un monde commun ;

ainsi que l’écrit le philosophe

français, Étienne Tassin :

« La question devient alors la

suivante : comment l’activité

politique où s’affirme un sujet

politique non identitaire peut-

elle, à partir d’un espace public

non communautaire, instaurer

un monde commun suscep-

tible d’accueillir des individus et

des communautés relevant de

processus d’identifications diffé-

rentes, voire incompatibles ? »

(Tassin, 1997 : 133)

Dans cette contribution, notre

objectif est de restituer quelques

trajectoires de la subjectivité

(politique) d’une part, à partir des

ressources propres à la philoso-

phie africaine à travers la pensée

du théoricien sénégalais de la

Négritude, Léopold S. Senghor,

du philosophe ghanéen Nkwamé

Nkrumah, et du philosophe

camerounais Marcien Towa, et

d’autre part dans la perspective

du philosophe poète indo-pakis-

tanais, Muhammad Iqbal.

Lectures africaines

du vivre-ensemble : de

la complémentarité

à l’aliénation de soi

La pensée de Senghor (1906-

2001) se déploie à partir d’une

relecture africaine du Marxisme

et de son modèle, le socia-

lisme. Fondé sur le concept de

Négritude qu’il définit comme

l’« ensemble des valeurs de civi-

lisation du monde noir », le socia-

lisme de Senghor est une adap-

tation critique aux conditions

de l’Afrique d’une expérience

politique européenne. Mais si le

socialisme de Senghor trouve son

fondement à la fois dans l’affirma-

tion de l’homme noir et la libéra-

tion de son continent, sa pensée

se conçoit dans une philosophie

de la complémentarité fonction-

nant selon la double exigence

de l’enracinement dans le Nous,

c’est-à-dire les traditions négro-

africaines, et de l’ouverture à la

modernité qui est l’Autre. Dans

Nation et voie africaine du socia-

lisme, Senghor décline son projet :

« Il s’agit d’insérer notre nation

non seulement dans l’Afrique

d’aujourd’hui, mais encore dans

la civilisation de l’Universel qui

est à édifier. Celle-ci sera une

symbiose des éléments les plus

fécondants de toutes les civilisa-

tions » (Senghor, 1964 :107).

Selon Senghor, il s’agit de se déve-

lopper et d’encourager le dialogue

des nations afin de constituer la

civilisation panhumaine dont la

pertinence lui est conférée par

la pluralité de ces composantes.

Autrement dit, si cette visée

Biographie:

Dr Blondin CISSÉ est diplômé

de l’université Paris Diderot-

Paris 7 en philosophie et

science politique. Chercheur

au Laboratoire du Change-

ment Social et Politique (LCSP)

de Paris 7, il y a enseigné la

philosophie politique de 2009

à 2012. Actuellement, il est

enseignant-chercheur à l’Uni-

versité Gaston Berger de Saint-

Louis du Sénégal, au Centre

d’étude des religions (CER),

où il coordonne l’Observatoire

des sociétés civiles africaines

du Laboratoire d’Analyse des

Sociétés et Pouvoirs/Afrique-

Diaspora (LASPAD). Sa réflexion

porte essentiellement sur

l’espace public politique (H.

Arendt) et sur la philosophie

islamique (M. Iqbal). Membre

de divers comités scientifiques,

il a notamment publié: Confré-

ries et communauté politique

au Sénégal: pour une critique

du paradigme unificateur en

politique, L’Harmattan, 2008;

« Islam, identité et construc-

tions anthropologiques au

xix

e

 siècle: de quelques figures

du musulman », Présence

africaine, n° 179-180, 2010;

« La problématique de la

renaissance africaine dans le

Consciencisme de Nkrumah »,

Présence africaine, n° 185-186,

2012; « L’espace public ou

le lieu de la construction

déconstructive », Sens public,

Cahiers 15-16, 2013; « Espace

public et sujet politique au

Sénégal: de l’espace confré-

rique à la communauté

politique », Éditions de

Tombouctou/IRD, 2014; « Réin-

venter la tradition islamique! »,

CODESRIA, 21015.

Blondin

CISSÉ

© Droits réservés

Fille écolière

Réinventer le vivre-ensemble :

les ressources africaines

et arabo-islamiques

Libère-toi d’un espace trop étroit.

Celui qui a échappé aux liens de toutes les dimensions

S’étend, comme le ciel, dans toutes les directions.

Le parfum de la rose, en se séparant d’elle,

S’enfuit et se répand dans le jardin.

Toi, resté paralysé dans un coin de la prairie,

Comme le rossignol, tu te contentes d’une seule rose ()

(Iqbal, 1989 : 181)

©WikiImages/Pixabay

Du concept

au concret

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Cahier de réflexion

des maires francophones

Saint-Louis -

Sénégal