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Villes contre campagnes : les ficelles d’un faux débat…

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Les grandes villes sont régulièrement mises en accusation et les motifs de griefs ne manquent pas : pollution, insécurité, engorgement, accaparement des richesses, inconfort, prix de l’immobilier, précarité… Sans compter bien sûr les critiques sur les libertés culturelles et l’anomie. Réseaux sociaux qui recensent maniaquement des problèmes locaux, essais critiques, élus ou personnalités politiques en mal de popularité, semblent en résonance pour « en finir avec les grandes villes ». Et nombre de signes, peu avant la crise du covid ou depuis son acmé, semble conforter ces positions à la fois convergentes et disparates.

 

En Australie, aux États-Unis ou en France, de nombreux médias disent observer un « exode urbain » de la part de ménages actifs qui choisiraient désormais de vivre à la campagne… Après un confinement strict l’été dernier, la ville de Melbourne a ainsi enregistré le plus grand nombre de départs de son histoire moderne (environ 8 000 personnes en moins en un trimestre) tandis que Sydney perdait, elle aussi, 14 000 personnes en six mois. Aux États-Unis, les acteurs de l’immobilier voient s’accélérer la baisse des populations dans certaines grandes villes. Environ 5 000 foyers par semaine, dont une majorité de jeunes actifs, quitteraient ainsi la ville de New York depuis le mois de juillet 2020. Une étude de la société Harris Poll rapporte que près de 40% des adultes américains vivant dans les zones urbaines « envisageraient de les quitter pour des zones rurales ». En France, les mêmes phénomènes ont été relevés et nombre de journaux ont rapporté la désaffection des grandes villes et le retour en grâce des petites villes et des campagnes. Au Japon, c’est même le gouvernement qui est à l’initiative en offrant un million de yens (soit environ 7 200 €) pour quitter la capitale Tokyo et s’installer dans une zone rurale. Et dans certains pays du Sud, ce sont les populations les plus pauvres qui sont conduites à quitter les villes devenues trop onéreuses pour elles.

L’accumulation des exemples peut apparaître saisissante mais elle doit cependant conduire à prolonger les analyses. En effet, il faudrait pouvoir distinguer dans le flot des critiques d’une part les thèmes de débat et d’engagement pour les politiques publiques, d’autre part les anathèmes contre la ville, brusquement essentialisée. En effet, dénoncer sans mesure des villes néolibérales, captatrices des richesses, proposant des logements indécents, conduit à attribuer à des espaces et à des entités administratives une unité, des finalités et des moyens qui ne leur appartiennent pas.

Ils relèvent en effet du fonctionnement de l’économie, de la multitude des acteurs et de la concurrence des intérêts : la métropolisation qui touche tous les continents est d’abord la conséquence de la division internationale du travail et de l’utilisation des innovations apportées par l’économie de l’information. Elle concentre les lieux de production et de distribution mais aussi les centres de décision. Et tous les habitants des villes ne connaissent pas une situation égale : la plupart des travailleurs des usines ou des services de proximité est assignée à vivre en ville ; la plupart des chercheurs d’emplois aura plus de chance de trouver une activité dans un vaste marché du travail, largement différencié ; la plupart des réfugiés savent que leur accueil sera davantage possible au cœur des grandes villes… S’il est possible pour des cadres du secteur tertiaire ou des futurs retraités de chercher un cadre de vie plus conforme à leurs aspirations dans des territoires moins denses, il est donc bien difficile d’en faire généralité.

Mieux qu’une condamnation sans nuance, les grandes villes ont besoin de pouvoir en premier lieu améliorer le sort de leurs habitants les plus fragiles car ce sont eux qui subissent le plus violemment tout à la fois les effets les plus nuisibles de la forte densité des activités (sur le logement, les pollutions, les conditions de travail…) et les conséquences des critiques contre les villes. Et c’est bien le rôle des Maires et de leurs équipes de saisir l’ensemble des enjeux et d’engager les mesures pour améliorer tant en quantité qu’en qualité les services rendus aux populations. Mais cela ne serait pas suffisant : les grandes villes ont besoin des ressources et des espaces qui les environnent. Même dans une époque qui a déployé sans limite des chaînes internationales de valeur, le voisinage garde toute sa place, la nature et la ruralité restent essentielles. Dans le même temps, les espaces ruraux, les villes petites et moyennes ont besoin des services des grandes villes, notamment pour la santé, pour l’éducation, la recherche, pour des infrastructures lourdes.

C’est donc toute la diversité des établissements humains qui doivent pouvoir exister si nous voulons faire face aux enjeux du climat, de la biodiversité et de l’humain. Vaines querelles et sujets éculés, les confrontations entre villes et campagnes, dans tous les pays où elles sont mises en scène, oublient d’abord que les deux doivent être complémentaires et que les deux doivent assurer à l’ensemble de la population des conditions dignes d’existence et d’autonomie.

Source :

Lionel PRIGENT, Urbaniste et Économiste, Professeur à l’Université de Bretagne Occidentale, Directeur du Laboratoire de Géoarchitecture
Tous les 15 du mois, retrouvez la tribune de Lionel Prigent (Urbaniste et Économiste, Professeur à l’Université de Bretagne Occidentale, Directeur du Laboratoire de Géoarchitecture), qui apporte une réflexion sur les actualités Urbanisme en Francophonie.

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