Webinaire 9 – La rue, un espace à partager ?

Parmi les espaces publics, la rue est sans conteste le théâtre à la fois des pratiques les plus libres et des conditions d’occupation les plus contraignantes. Vouée à la circulation et à la connexion avec les espaces privés, elle accueille tous les habitants, sans guère de possibilités d’écarter spontanément certains usages ou certains publics. La rue participe ainsi d’une occupation de l’espace mais peut connaître en retour des conflits entre les usages, notamment entre les automobilistes et les autres.

La compétition entre usages trouve aujourd’hui son illustration dans l’étude des trottoirs. Dédiés principalement aux piétons, les trottoirs sont en effet utilisés par beaucoup de nouveaux acteurs, les livreurs, les scooters, les motos-taxis ou les trottinettes… En Europe, s’y accumulent aussi, aux côtés des nouvelles de circulation, de multiples services (bornes NTIC, mobilier urbain). Quant aux territoires africains, ils accueillent davantage du commerce informel qui a besoin de l’espace public pour se déployer. Comment l’urbanisme peut-il redéfinir les enjeux du partage de l’espace et participer à retrouver un équilibre social ? Plus largement, est-il possible aujourd’hui, de maintenir un urbanisme qui reconnaît l’utilité et les qualités spécifiques d’un espace public, qui fabrique des espaces partagés ouverts à tous et qui questionne des dimensions qui ne sont pas exclusivement économiques ?

Aujourd’hui, encouragé par la primauté accordée à l’économie sur toute autre forme d’interaction sociale, le mode d’organisation et de production de la ville semble s’appuyer sur les forces de marché. Pourtant, ce mécanisme est plus enclin, par son principe même, à privilégier surtout les logiques individuelles quand la ville entremêle les logiques individuelles et les logiques collectives, les espaces privés et les espaces publics.

Le rôle des Maires est essentiel, car ils ont la responsabilité de mener une politique (comme gestionnaire de la cité), mais aussi de rendre accessible des espaces urbains grâce auxquels les habitants sont en mesure de relier le passé, le présent et le futur. Créer des espaces publics ouverts à tous à l’exemple du miroir d’eau à Bordeaux, lieu de réunion des citadins et des « banlieusards ») peut permettre de modifier les interrelations à l’intérieur du territoire, de transformer les rapports entre centre et périphéries et d’accélérer les effets du renouvellement urbain.

Enfin, la rue peut aussi devenir un opportun terrain de jeu : manifestations sportives ou culturelles et expression des arts de rue parcourent l’espace public et constituent autant de moments d’expression d’une mixité sociale et fonctionnelle. Comment les villes peuvent-elles agir afin de favoriser cette mixité, soit en permettant une plus grande variété d’usages et de temporalités, soit en imaginant de nouveaux espaces dédiés ?

Comité de travail :

  • Introduction : Mme Charlotte BLEUNVENIngénieure d’études pour l’AIMF.
  • Modérateur : M. Sylvain ALLEMANDJournaliste.
  • Synthèse : M. Lionel PRIGENTUrbaniste, Économiste, Professeur à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) et Directeur du Laboratoire de Géoarchitecture.

Intervenants :

  • M. Nicolas Escach : Géographe et Maire-adjoint à la ville de Caen en charge de la Ville Durable.
  • Mme Imène Zaâfrane Zhioua Enseignante permanente, Phd, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme, Université de Carthage, Tunisie.
  • M. Pascal Amphoux Architecte DPLG, Géographe (REG A), Gérant du bureau d’études CONTREPOINT à Lausanne.

 

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